Vous êtes sur la plage de Berck-sur-Mer. À quelques centaines de mètres, des dizaines de phoques se prélassent sur un banc de sable. Soudain, un agent du parc naturel vous interpelle. Il vous montre un petit marque-page avec une paire d’œillères découpées. « Tendez le bras. Si vous ne voyez pas l’animal à travers le trou, vous êtes trop près. » Ce geste simple résume tout l’enjeu des côtes des Hauts-de-France.
La baie d’Authie : un sanctuaire sous surveillance
Chaque été, la baie d’Authie devient le théâtre d’une cohabitation délicate. Les uns cherchent le soleil, les autres veulent juste dormir. Les agents du Parc naturel marin des estuaires picards et de la mer d’Opale patrouillent sans relâche.
Sophie Lebrun, inspectrice de l’environnement, observe le moindre signe de stress chez les mammifères marins. « Si le phoque lève la tête et nous regarde, on le dérange », explique-t-elle aux touristes curieux. Son astuce : tendre le bras avec le marque-page et vérifier que l’animal reste visible dans le trou.
- Gardez vos distances
Pied : 300 mètres. Bateau : 100 mètres. Si l'animal lève la tête, vous êtes trop près.
- Utilisez des jumelles
Pour observer sans déranger, munissez-vous d'une longue-vue, de jumelles ou d'un zoom puissant.
- Repérez les îlots de tranquillité
À Fort-Mahon-Plage, des périmètres sont installés autour des phoques isolés. Ne les franchissez pas.
- Évitez la saison des naissances
Les femelles mettent bas en début d'été. C'est le moment le plus sensible, gardez un œil sur les messages des agents.
- Ne partagez pas les photos trop proches
Les images prises sans distance incitent d'autres vacanciers à s'approcher. Montrez le bon exemple avec des clichés pris de loin.
Des distances à respecter pour la tranquillité de la faune marine
Les spécialistes préconisent de rester à 300 mètres à pied et à 100 mètres en bateau. Les jumelles, longues-vues et zooms sont vos meilleurs alliés pour observer sans importuner.
Le cycle des marées rythme la vie des phoques. À marée haute, ils chassent. À marée basse, ils se reposent. Un dérangement à ce moment-là peut les forcer à regagner l’eau et perturber leur récupération. Pire encore, en début d’été, la saison des naissances rend les femelles particulièrement vulnérables.
Fort-Mahon-Plage innove avec les îlots de tranquillité
Cette commune de la Somme a franchi un cap cet été. Elle est devenue la première de la région à installer des îlots de tranquillité pour les phoques. Concrètement, dès qu’un animal isolé est repéré, un périmètre est déployé autour de lui. Cela facilite sa prise en charge.
Chloé Druaux, chargée d’études sur les mammifères marins à Picardie Nature, espère voir ce protocole essaimer dans d’autres stations balnéaires. L’idée fait son chemin, portée par l’envie de concilier tourisme durable et préservation des espèces.
Une charte signée par tous les professionnels de la mer
Nicolas Jannic, chargé de mission au parc naturel, se réjouit : « 100% des professionnels qui proposent des tours en bateau près des phoques ont signé la charte de bonnes pratiques. » Un engagement fort pour encadrer le développement touristique sans nuire aux animaux.
Les sorties en baie se multiplient. Chaque batelier connaît désormais les distances à respecter et les comportements à adopter. Une avancée majeure pour la conservation de la faune marine locale.
Baie de Somme : un trésor fragile à ménager
La baie de Somme abrite la plus grande colonie de France : entre 400 et 700 phoques veaux-marins, et jusqu’à 500 phoques gris. Ces chiffres impressionnants attirent chaque année des milliers de visiteurs.
L’été 2025 a confirmé la tendance : près de 11 millions de nuitées ont été enregistrées dans les Hauts-de-France, soit 6,7% de plus que l’année précédente. Le réchauffement climatique pourrait encore accélérer cet engouement pour des plages moins étouffantes.
Le piège des réseaux sociaux
Chloé Druaux constate une dérive : « Beaucoup d’informations et de désinformation circulent en ligne. Certaines images sont prises trop près, sans contexte. » Des photos qui donnent envie aux vacanciers de s’approcher des phoques pour un selfie mémorable.
Cindy Potez, une touriste belge venue avec ses enfants, trouve les mesures de sensibilisation « normales ». Selon elle, « il faut respecter le territoire de chaque bête ». Une philosophie simple que les agents du parc espèrent voir partagée par tous.
Verbaliser en dernier recours
Les agents du parc ont le pouvoir de dresser des amendes. Sophie Lebrun précise que c’est « rare », mais cela arrive, surtout en cas de récidive. La pédagogie reste la première arme.
Parallèlement, une étude de terrain analyse les sources de dérangement des phoques. Les premiers résultats seront publiés dans les prochains mois. L’impact des grands chalutiers de pêche sera aussi scruté de près, même s’il est déjà jugé « avéré » mais difficile à mesurer.
Les gestes à retenir avant votre visite
- 🦭 Gardez vos distances : 300 mètres minimum à pied
- ⛵ En bateau, respectez la limite de 100 mètres
- 🔭 Utilisez jumelles, longues-vues ou zooms pour les photos
- 🐾 Si un phoque vous regarde, reculez doucement
- 📵 Ne publiez pas de photos prises trop près sur les réseaux
- 🌊 Privilégiez les sorties avec des professionnels signataires de la charte
La cohabitation entre l’homme et l’animal est un équilibre fragile. Les Hauts-de-France montrent l’exemple avec des initiatives concrètes. Chacun peut contribuer à sa manière à la préservation de cette faune marine d’exception. Et si la prochaine génération pouvait encore profiter du spectacle des phoques sur le sable ?
Des phoques tranquilles, des touristes contents
Pourquoi ne faut-il pas s'approcher des phoques quand ils dorment ?
Parce qu'ils se reposent à marée basse après avoir chassé. S'ils plongent dans l'eau pour fuir, ils dépensent une énergie précieuse. Cela peut compromettre leur survie, surtout pour les femelles qui viennent de mettre bas.
Est-ce que les agents donnent vraiment des amendes ?
C'est rare, mais cela arrive, surtout en cas de récidive. La priorité reste la pédagogie et la distribution de marque-pages qui servent de test de distance. L'amende n'est que le dernier recours.
Un tour en bateau pour voir les phoques, c'est risqué pour eux ?
Les sorties encadrées sont devenues plus sûres. Tous les bateliers locaux ont signé une charte et respectent la limite des 100 mètres. Choisissez un professionnel engagé, pas un bateau qui s'approche trop près.
Comment savoir si on est trop près sans jumelles ?
Tendez le bras avec le marque-page distribué par les agents. Si vous ne voyez plus l'animal à travers le trou, vous êtes trop près. L'astuce vaut aussi avec votre main fermée : le phoque doit tenir dans votre poing.
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Journaliste de formation, il a couvert l’actualité européenne depuis plusieurs capitales pendant dix ans. Amateur de petites routes et de tables locales, il cherche toujours l’angle humain derrière chaque destination. Sa passion : les villes qui se racontent à pied.